Accepteriez-vous d’être suivi par Google et Apple pour limiter la propagation du coronavirus?

Gabriel Gagnon Nouvelles, Santé, Société Leave a Comment

Vous savez ce qu’on dit : aux grands maux, les grands moyens. Nous sommes tous propriétaires d’appareils qui nous suivent à la trace et qui peuvent dévoiler sans problème nos rencontres et nos échanges. Et justement, les géants de la techno tentent actuellement de trouver le moyen d’utiliser ces mêmes appareils pour freiner la propagation de la COVID-19.

De quoi parle-t-on exactement?

Apple et Google ont confirmé travailler ensemble sur un service/une application de suivi de leurs utilisateurs. L’objectif : trouver, aviser et isoler les personnes contaminées, ou potentiellement contaminés, au coronavirus afin de juguler la pandémie. Ça s’appelle en anglais le contact tracing, ou la recherche des contacts, et c’est un outil essentiel dans la gestion d’une épidémie.

Les organismes de santé publique peuvent arriver à refaire l’historique des cas manuellement au début d’une éclosion, mais quand elle devient plus large, ça devient vite complexe. Pour aider les autorités, les deux géantes de la Silicon Valley ont créé un système automatisé de recherche des contacts.

Comment ça marche?

En gros, le système fait en sorte que les téléphones recherchent et gardent en mémoire les appareils qu’ils croisent. Et comme notre téléphone intelligent est l’appareil électronique le plus important de notre vie et qu’il nous suit partout, un téléphone qui en croise un autre équivaut fort probablement à une personne qui en croise une autre.

Avec ce service, votre appareil deviendrait un émetteur Bluetooth d’un petit bout de code qui contient un identifiant unique, aléatoire et sécurisé. Les appareils autour captent le bout de code et l’enregistrent. Votre téléphone fait aussi la même chose.

Illustration: Nicky Case

Quand quelqu’un qui utilise ce système est déclaré positif au coronavirus, il envoie l’information dans une base de données centrale. Finalement, votre appareil vérifie ponctuellement les identifiants qui se trouvent dans la base de données. Si un numéro de la base de données centrale est identique à un de ceux dans la mémoire du téléphone, l’utilisateur est averti. Ainsi, tous ceux qui sont entrés en contact avec quelqu’un d’infecté sont invités à s’isoler pour 14 jours, le temps de savoir s’ils ont, ou non, la COVID-19.

Comment être déclaré positif?

Selon toute vraisemblance, le système ne laissera pas l’utilisateur final se déclarer positif. On veut éviter les trolls et les fausses alertes. Est-ce qu’un médecin devra lancer l’alerte? La documentation est plus ou moins claire à ce sujet.

Quels dangers pour la vie privée?

Le système sera installé dans les applications de santé publique des différents gouvernements, ainsi que dans le système d’exploitation d’Apple et de Google. Apple enverra une mise à jour d’iOS et Google publiera une nouvelle version des Google Play Services. En théorie, le déploiement devrait être rapide. Les entreprises publieront des API destinées aux autorités sanitaires en mai. On parle d’applications disponibles cet été.

La question que tout le monde se pose : est-ce qu’il y a un danger pour la vie privée? Les deux entreprises affirment qu’elles font tout leur possible pour éviter qu’on puisse retracer les positifs. Par exemple, les clés émises par les téléphones sont recréées au hasard régulièrement. On affirme aussi qu’il est impossible pour les autorités qui utilisent le service de retracer les individus et de suivre leur position géographique.

L’ultime façon de ne pas être suivi, c’est évidemment de ne pas utiliser le système. Pour les sceptiques, l’utilisation de ce service sera complètement optionnelle. Vous aurez le choix d’installer ou non les applications gouvernementales qui l’utilisent et, dans un second temps, d’activer ou non la fonction dans les paramètres de votre système d’exploitation.

Qu’on se comprenne bien. Google et Apple ont toutes les capacités du monde pour nous suivre à la trace. La première a d’ailleurs dévoilé des données sur le respect des consignes de confinement. Elles n’ont pas besoin d’un service de ce genre pour collecter ces informations.

Il faut aussi dire que c’est assez difficile, peu importe la méthode utilisée, de conserver l’anonymat complet des patients, avec application ou non. Actuellement, ce sont des fonctionnaires qui appellent les malades et tentent de refaire la chaîne de contacts… Même qu’un service de ce type pourrait ajouter une couche de sécurité.

Qu’en pensez-vous?

Pour le moment, on ne sait pas si le Canada va utiliser ce système pour faire des recherches de contacts. Santé Canada a des applications iOS et Android, elle pourrait donc implanter le protocole assez facilement, en théorie.

Seriez-vous prêt à utiliser ce service de recherches de contacts pour savoir quasi immédiatement si vous êtes à risque d’avoir contracté la COVID-19 et possiblement sauver des vies?

Article mis à jour le 16 avril 2020 à 12:17: Clarification du caractère optionnel du système.

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