Cette décennie qui m’a marqué

Samuel Morier Chroniques, Réseaux Sociaux, Samuel Morier, Société Leave a Comment

C’est ma première chronique, mais c’est aussi ma première chronique de l’année et de cette nouvelle décennie qui s’amorce. Pour l’occasion, pas le choix, je me tourne vers le passé et je constate d’un œil nostalgique que le temps file rapidement. Il s’en est passé des affaires dans les dix dernières années. On a tous des moments différents qui ont marqué la dernière décennie. Pour certains c’est le Printemps érable de 2012, pour d’autres c’est l’élection de Donald Trump à la présidence et pour une autre gang, c’est la victoire des Blues de Saint-Louis à la finale de la coupe Stanley au printemps dernier. Pour ma part, l’élément qui a le plus marqué la décennie 2010-2019, c’est la crise des médias imprimés.

La trahison du numérique

Dans les dernières années, les médias traditionnels ont vécu une crise sans précédent. Le virage numérique qui a été entrepris depuis l’invention d’Internet, qu’on trouvait donc extraordinaire, a commencé à faire des victimes. Au départ, ça semblait bien inoffensif. Les différents médias sortaient des applications mobiles et tout était encore beau. Par exemple, La Presse+, l’application pour tablette intelligente du quotidien du même nom a été particulièrement populaire. Mais, devant le nombre d’utilisateurs croissant de son application et son lectorat papier qui diminue, La Presse décide d’arrêter la production papier de son journal, la semaine seulement. Puis, fin 2017, c’est l’abandon total de la version papier. C’en est fini de La Presse du samedi.

Les applications ont rendu l’accès à l’information encore plus facile! On n’avait plus besoin de s’abonner et on avait le contenu du journal, là, dans notre main, gratuitement! C’est tellement génial! C’est vrai que ça a ça de bon le numérique : l’accessibilité à l’information n’a jamais été aussi grande. Du côté des médias, que l’information soit accessible gratuitement, ce n’était pas tant un problème au départ. On s’est dit qu’on pourrait refaire cet argent-là avec les revenus publicitaires. En soi, la réflexion n’est pas mauvaise.

Techniquement, plus il y a de gens qui consultent un média, ou dans ce cas-ci, une page web ou une application, plus la valeur de l’espace publicitaire augmente. Mais l’affaire c’est que, ceux qui payent pour mettre de la pub, et bien, ils ne sont plus intéressés à mettre de l’argent là. L’argent de la pub va où? Elle s’en va à Facebook et à Google, parce que ça ne coûte pas cher annoncer sur ces plateformes-là et qu’on peut plus facilement cibler son monde. Non seulement ça, mais ces entreprises numériques relaient l’information de nos médias, et ce, sans payer le moindre sou! Donc bye bye les revenus pour nos journaux.

En gros, ce que je veux dire, c’est que les géants du web ont damné le pion aux médias traditionnels. La transition numérique, qui était une occasion en or de distribuer l’information, s’est finalement retournée contre l’industrie qui en arrache à concurrencer les géants du web. Et quand t’as pas de revenus d’abonnement et que très peu de revenus publicitaires, c’est difficile te battre contre des géants comme ça. C’est littéralement David contre Goliath. Résultat : les entreprises propriétaires se débarrassent des journaux ou bien font faillite.

Oui, il y a certains médias comme Le Journal de Montréal ou Le Devoir qui continuent de vendre des abonnements, mais, quand l’information est accessible gratuitement en ligne, pourquoi payer? C’est dans ce contexte un peu particulier et flou que flottent nos médias en ce moment.

La suite?

Il n’y a pas 36 000 solutions. À court terme, si on veut conserver nos médias imprimés, surtout nos journaux régionaux et locaux, ça prend une aide financière de la part des différents paliers de gouvernement. Surtout que, depuis que les avis publics ne sont plus publiés dans les journaux, les médias imprimés ont mangé tout un coup! C’est une grosse source de revenus qui a disparu.

Sinon, eh bien, il va falloir repenser le modèle d’affaire des journaux. La Presse, par exemple, est devenue la propriété d’une structure à but non lucratif. Ce n’est pas le seul journal à avoir fait ça. The Guardian, un énorme quotidien britannique a aussi fait ce virage, comme de nombreux autres médias américains. Plus récemment, on a vu les journaux du Groupe Capitales Médias s’organiser pour former une coopérative. Ça ne fait pas que des heureux, mais au moins, ça permet à ces journaux de survivre.

L’avenir des médias traditionnels passe-t-il par ce genre d’initiative? Pour l’instant, on n’a pas trop de réponses claires. On en est encore à analyser la situation et à essayer des choses. Le gouvernement a d’ailleurs mis sur pied une commission parlementaire pour étudier la question. La conclusion se fait toujours attendre, même si cette attente est pour certains médias une course contre la montre.

Chose certaine, tout le monde semble d’accord pour dire que les géants du web vont devoir payer des taxes ici pour au moins permettre de financer la production de l’information qui est produite ici et reprise gratuitement sur leurs plateformes.

À quoi ça sert de sauver nos médias

Ce n’est pas pour rien si j’ai décidé de choisir la crise des médias imprimés comme événement le plus marquant de la dernière décennie. Pour vivre dans une société saine, l’accès à l’information, et une information de qualité sont plus que nécessaires. Peut-être que, pour beaucoup de gens, les journaux ne sont pas super importants parce qu’on peut s’informer ailleurs, ou encore, parce qu’on peut simplement ne pas s’informer du tout.

Mais à l’ère du numérique, les fausses nouvelles sont monnaie courante. Il n’y a pas un jour qui passe sans que je ne voie passer sur mon Facebook ou sur Internet quelque chose de louche. Les fake news sont partout et comment peut-on départager le vrai du faux? Eh bien, c’est avec des sources d’information de qualité, tout simplement. Oui, il y a Radio-Canada, avec ses Décrypteurs, qui s’attaque aux fausses nouvelles et qui les démystifie, mais on ne peut demander à une seule entité de rectifier le tir à chaque fois qu’on se fait prendre par une fausse nouvelle.

C’est sûr que si on apporte un soutien à nos journaux, ça n’enrayera pas le phénomène des fausses nouvelles, mais au moins, on sera peut-être mieux outillé pour, de un, les reconnaître, et, de deux, les rejeter. Parce que ce qu’il y a de bien avec les médias, tant locaux que régionaux, ou même nationaux, c’est qu’il y a quelqu’un qui a fait la recherche et qui te présente une information valide et de qualité. Bon, ça peut arriver qu’un journaliste se trompe et qu’un journal publie une nouvelle qui n’a pas d’allure, mais penses-tu vraiment que l’article que tu lis sur ton Facebook qui a été écrit par un pur inconnu de on ne sait pas trop où est plus fiable?

Bref, le monde médiatique est en crise, et pas juste au Québec en passant, et ça a fait couler beaucoup d’encre, ironiquement. Je pense qu’est venu le temps, en tant que société, de faire un choix : est-ce qu’on met nos culottes et on trouve une solution pour régler une bonne fois pour toutes cette crise, ou bien on préfère ne rien faire, voir nos médias disparaître peu à peu pour n’en garder que deux ou trois et laisser les géants du web avoir la main mise sur le monde de l’information. Bon ça sonne un peu comme un faux dilemme, mais you get the point. C’est d’important de soutenir son imformation locale et régionale et de lui donner un peu d’amour parce que, on va se le dire, de l’amour, elle en a manqué un peu dernièrement.

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