La décennie numérique: Retour sur dix ans de techno

Gabriel Gagnon Nouvelles, Réseaux Sociaux, Société Leave a Comment

En 2010, j’avais 14 ans. J’étais en deuxième secondaire. J’achetais mon premier MacBook. Je n’avais pas de téléphone cellulaire, encore moins de téléphone intelligent. En 2010, on avait tous une idée d’où allait le monde avec un certain optimisme. En 2020, on sait où il s’en va avec un certain pessimisme.

Que s’est-il passé? Par où sommes-nous passés pour en arriver là? Qu’est-ce qu’on retient de cette décennie?

Premier article de deux sur les changements qui ont façonné le monde et auxquels on peut s’attendre pour la suite.

2010, l’année de Steve Jobs

Au début de la décennie, Steve Jobs avait encore le plein contrôle sur Apple. Bien que quelque peu malade, il était toujours le visage, la voix et le penseur derrière les produits de la marque pommée. C’est en janvier 2010 qu’il présente un tout nouveau produit. Un produit qui est d’ailleurs toujours le meilleur de sa catégorie.

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Le 27 janvier 2010, Jobs dévoile sur scène sa « nouvelle création » : l’iPad. Un appareil très peu prisé par la critique à ses débuts, mais qui s’est tellement imposé dans sa catégorie qu’il est aujourd’hui le seul que j’ose recommander. Le parcours de la tablette n’est pas tout beau et tout rose, par contre. On se souvient des grandes promesses du lancement!

Tout le monde était persuadé qu’on n’utiliserait plus d’ordinateur classique ou presque. Que l’avenir des médias passait par les tablettes. Que les magazines et journaux en papier, c’était chose du passé. On croyait dur comme fer que le monde serait 100 % numérique grâce à l’iPad et qu’il fallait tout miser sur cette nouvelle ère de l’informatique. On s’est rapidement rendu compte que non, l’avenir ne passe pas dans la tablette. L’avenir était déjà tracé, et ce depuis 2007 avec l’iPhone.

2010, c’est aussi l’année où Jobs dévoile son dernier produit avant sa mort, celui qui propulsera le rôle du téléphone intelligent comme essentiel à nos vies modernes. En juin 2010, l’iPhone 4 est montré au monde avec son écran Retina, sa caméra frontale pour FaceTime, sa caméra principale qui deviendra la plus utilisée sur Instagram et Flickr et un design si réussi qu’il est encore la base du smartphone aujourd’hui.

Bien sûr, l’iPhone n’a jamais été le seul smartphone disponible. On en a vu de toutes les couleurs dans les années 2010. On a assisté à la montée en puissance d’HTC, puis à sa mort lente et douloureuse.

HTC Desire

On a aussi vu Samsung essayer toutes sortes de choses étranges avec ses téléphones.

Galaxy S III

On a connu les premiers grands iPhone…

iPhone 6

Puis les grands iPhone sans bordures.

iPhone X

Depuis quelques mois, on assiste à une nouvelle transformation menée par Samsung : le téléphone pliable.

Galaxy Fold

Photo : CNET.com

Il ne fait aucun doute que le téléphone intelligent continuera d’être l’appareil le plus important de notre quotidien dans les années à venir. Sera-t-il sous forme de grande tablette pliable en téléphone? Deviendra-t-il plutôt un grand écran, sans autres accessoires? On ne le sait pas. Mais on sait que la forme des futurs téléphones ne changera pas le rapport qu’on a avec ces appareils essentiels.

Le social s’impose, les conséquences aussi

Facebook a été ouvert à tous en 2006. Twitter a pris son envole pour vrai autour de 2009. Instagram, quant à lui, a été lancé en 2010. Que devons-nous retenir, alors, de tout ça si le lancement de ces services n’a pas été majoritairement opéré dans les années 2010?

L’impact de ces technologies ne s’est fait réellement sentir qu’il y a quelques années.

Ce n’est que depuis la seconde moitié des années 2010 qu’on se rend compte qu’on parle et qu’on écoute dans des bulles d’échos, qu’on assiste à la mise en place d’armées de trolls, d’algorithmes qui décident de ce qu’on lit, regarde, écoute, selon l’activité de nos amis, la nôtre, celle de notre voisinage et de je ne sais qui, de publicités ciblées, de publicités politiques ultras ciblées, d’un climat social tendu… Les exemples des impacts de la numérisation de l’espace social sont nombreux et tous importants.

Facebook, qui est toujours le réseau social le plus important sur la planète, a vu Instagram monter en force et n’a pas hésité à l’absorber pour 1 milliard de dollars, un achat record à l’époque (en 2012). Aujourd’hui, le réseau social de photo est évalué à environ 100 milliards! Instagram participe d’ailleurs à sa façon à la détérioration du climat social sur le Web en créant des problèmes d’estime de soi chez les jeunes, en facilitant le harcèlement et en simplifiant les méthodes de partage d’informations fausses, surtout à propos de tout ce qui touche la santé et le « bien-être ».

La fin de la décennie a aussi été le début d’une remise en question du pouvoir détenu entre les mains de ces nouveaux géants. Partout, on commence à se demander si Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft ne détiendraient pas trop de pouvoir, si leurs algorithmes ne sont pas trop intrusifs, trop puissants, créant trop de distorsion dans nos vies. Aujourd’hui, les gouvernements du monde se demandent comment la collectivité peut tirer profit de l’argent récolté par ces entreprises sans frontières :

Du côté citoyen, plusieurs se demandent comment se détacher de leur influence. Est-ce normal d’être suivi physiquement à la trace par des entreprises? Est-ce ok que tout mon historique de recherche, de navigation, de discussion, de visionnement, même de fréquentation, soit stocké sur des serveurs qui ne m’appartiennent pas, analysé par des robots que je ne contrôle pas et utilisé pour me pousser à nouveau à rechercher, regarder, acheter, fréquenter? Plusieurs commencent à penser que non. Et le mot se répand.

Pour Zuckerberg, le futur est dans les conversations privées, le partage à groupes restreints, le partage éphémère. Est-ce qu’il réussira à convaincre les réticents à continuer de suivre son entreprise? Avons-nous atteint un point de non-retour? C’est d’ailleurs en 2019 que Facebook a perdu 15 millions d’utilisateurs actifs…

Il sera difficile de faire oublier les nombreux scandales de mauvaise gestion des données d’utilisateurs, l’incapacité de l’entreprise à répondre aux critiques sur le fonctionnement des publicités politiques et l’incroyablement mauvaise communication de Zuckerberg et de son équipe de gestion quand vient le temps de parler d’enjeux réels.

L’interface invisible

C’est en 2011 qu’Apple présente l’iPhone 4S, une version améliorée de l’iPhone 4, mais qui inclut une nouveauté qui révolutionnera l’interface personne-machine : Siri. Oui, c’est Apple qui a lancé le bal des assistants vocaux il y a maintenant presque 10 ans! On pourrait l’oublier tellement ses concurrents ont rattrapé leur retard et même dépassé largement ses capacités…

iPhone 4S Siri

En 2014, voyant un avenir à l’interface vocale et étant peu satisfait de la solution de l’iPhone, Amazon lance l’appareil qui allait révolutionner le quotidien de plusieurs d’entre nous : l’Amazon Echo. Au Québec, l’Echo n’a pas eu autant d’impact que son concurrent, le Google Home, pour la simple et bonne raison qu’il a longtemps été incompatible avec notre façon de parler français. Par contre, c’est bel et bien Amazon qui a lancé la folie des assistants vocaux pour la maison avec le premier Echo, particulièrement avec le petit et abordable Echo Dot.

Amazon Echo Dot

Ce n’est qu’en 2016, d’ailleurs, que le géant de la recherche a présenté sa réponse à Amazon en dévoilant le Google Home, un appareil qui ressemble à un rafraichisseur d’air et qui répond à nos questions.

En 2019, Alexa est un nom connu de tous et on ne compte plus le nombre de fois où on a entendu un oncle qui se trouvait drôle à Noël hurler « OK GOOGLE » pour poser une question idiote à l’Assistant intégré.

Puis, en 2018, Apple présente le HomePod. La marque pommée a répondu à ses concurrents en faisant ce qu’elle fait de mieux, c’est-à-dire des produits technologiques excellents. Le HomePod n’a pas la prétention de se battre contre l’intelligence de l’Assistant Google, Siri n’est pas là. Ses principaux atouts sont plutôt au niveau du rendu sonore et et l’intégration avec tout l’écosystème Apple.

On ne se pose même plus la question si l’avenir est à l’interface vocale. C’est un oui retentissant. Amazon en est à son troisième Echo et l’a dérivé en une pléthore de versions, Google a ses Home, Home Max, Home Mini, Nest Hub et Nest Hub Max, Apple continue de mettre à jour le logiciel du HomePod pour améliorer ses capacités intelligentes et Sonos livre des haut-parleurs avec Alexa et le Google Assistant intégrés.

Vraiment, le futur est maintenant… ou jusqu’à ce qu’on se rende compte que des employés d’Amazon écoutent sans avertir des conversations et que des enregistrements de commandes faites à Google ont fuité et sont maintenant dans la nature. En plus, même si ces appareils ne nous espionnent pas en permanence comme le veut la croyance populaire, leur mot de lancement est parfois entendu par erreur et des enregistrements sont envoyés sur des serveurs sans que l’utilisateur n’ait rien demandé.

Il est clair que l’industrie est toute investie dans l’assistance vocale. Par contre, elle devra certainement répondre aux importantes questions à propos de la vie privée si elle veut gagner la confiance de tous.

La technologie sur soi

Après la création du téléphone intelligent moderne en 2007 par Apple, la montée en force et en influence des réseaux sociaux depuis 2010, la disparition de l’interface visuelle avec l’Echo et le Google Home, l’informatique s’est portée dans les années 2010.

Précurseur, Fitbit a été une des premières entreprises à créer un bracelet connecté à son téléphone qui permet de suivre son activité physique et de mieux comprendre ses habitudes de vie. Google a ensuite flairé la bonne affaire et a lancé une version wear d’Android. Les fondements de la montre intelligente moderne étaient placés.

 

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L’entreprise de bracelets connectés a eu le vent dans les voiles pendant quelques années, mais un certain joueur californien au logo fruité est venu saboter ses plans. L’arrivé sur le marché de l’Apple Watch a rebrassé les cartes et même après un début rock n’ roll et un flou sur ce qu’elle devait devenir, la montre de Cupertino s’est rapidement définie et a, par le fait même, rapidement défini la catégorie au complet.

Apple Watch Edition

À l’aube de 2020, on ne doute plus de la suprématie de l’Apple Watch. On sait aussi exactement ce qu’un appareil de ce type doit bien faire pour réussir.

  • Recevoir et traiter rapidement des notifications ;
  • suivre l’activité physique ;
  • améliorer la santé ;
  • tenir au minimum plus d’une journée ;
  • avoir un écosystème de bracelets ;
  • offrir du divertissement sur le pouce ;
  • être supporté par les développeurs ;
  • permettre de se détacher du téléphone.

L’Apple Watch a évidemment des concurrentes. On peut penser aux montres Samsung qui s’approchent probablement le plus du modèle pommé en termes de qualité, de facilité d’utilisation et de fonctions utiles et agréables. On n’a toujours pas atteint le raffinement de la solution d’Apple, toutefois… En plus, le géant coréen est à peu près le seul à se battre à armes presque égales contre l’américain. Les montres wearOS (jadis Android Wear)? Oubliées par tous, sauf par Fossil. Fitbit? Acheté par Google. Le Microsoft Band? Abandonné.

La prochaine décennie verra certainement l’informatique encore plus près du corps, plus personnalisée, plus intégrée. Des rumeurs persistantes affirment qu’Apple serait en train de travailler sur sa propre version des Google Glass…

… Ce qui ne serait pas surprenant quand on connaît l’intérêt de l’entreprise pour les gadgets miniatures, qu’on porte sur soi. Le phénomène AirPods prouve que les consommateurs sont prêts à mettre la technologie sur eux et qu’ils n’attendent que la prochaine étape. Allons-nous bientôt voir l’arrivée d’écouteurs avec un moniteur de fréquence cardiaque ou un thermomètre corporel intégré? Bonne question.

On peut seulement être certain d’une chose : on n’a pas fini de voir la technologie sur soi. Les années 2010 ont pavé la voie, les années 2020 continueront de marcher dedans.

Alors, qu’est-ce qu’on retient des années 2010?

On ne peut nier que les développements technologiques se sont encore une fois accélérés dans la dernière décennie. En 10 ans, on est passé :

  • De l’internet qui se ruait vers le social et les communautés ouvertes à un monde qui redoute de plus en plus le pouvoir de ces plateformes et l’influence qu’elles ont.
  • Du téléphone intelligent accessoire à l’ordinateur le plus important de nos vies.
  • De l’informatique dans nos mains à l’ordinateur sur soi en permanence qui analyse notre corps.
  • De l’interface visuelle et tactile à l’interface invisible, ambiante, toujours présente.
  • De l’ampoule allumée par un interrupteur à l’ampoule allumée par la voix.

Il ne fait aucun doute qu’on vit dans un monde presque 100 % numérique. Les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle, les algorithmes surpuissants et la miniaturisation ont joué un rôle hyper important dans les dernières années. Nos décisions sont maintenant presque autant influencées par ce qu’un robot veut nous montrer, ou ne pas nous montrer, que par l’interaction humaine, par exemple.

Toutefois, il n’y a pas que des mauvais côtés à tous ces changements. Dans mon prochain article, je tenterai de prédire ce que les années 2020 nous réservent. Notre monde n’a pas fini d’être bouleversé!

Pour suivre quotidiennement les changements globaux auxquels on fait face, je vous invite à écouter, dès le 6 janvier, Le Matinal de Ceci n’est pas un média. Samuel Morier et moi vous présenterons chaque jour un tour d’horizon de l’actualité afin de débuter votre journée bien informé. Pertinence et bonne humeur seront au rendez-vous.

Évidemment, je vous souhaite une excellente année 2020. Merci de me suivre et de me lire. De belles choses arrivent en 2020 sur GabGagnon.ca et j’espère que vous allez les apprécier autant que je suis excité! À bientôt sur Facebook, Twitter et Instagram!

Psst! GabGagnon.ca a désormais son propre compte Instagram. Viens nous suivre! 😉

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