Facebook, je te quitte et je n’ai aucun remords

Gabriel Gagnon Chroniques, Opinion, Réseaux Sociaux, Société Leave a Comment

J’ai pris une grande décision. Une décision qui aura des impacts sur mon bien être, sur mon cercle social et sur la batterie de mon téléphone. Une décision qui aura aussi des effets surprenants, dont j’ignore les ramifications, sur des aspects inusités de ma vie. J’ai quitté Facebook… et je n’ai aucun regret.

Une décision réfléchie

Ce n’est pas la première fois que je songe à quitter le plus grand réseau social du monde. Mais il y avait toujours quelque chose qui me retenait. Est-ce je vais avoir accès aux événements créés par mes amis? Vais-je réussir à me tenir informé? Et comment est-ce que je vais faire pour gérer mes pages? Je ne peux pas fermer la page de GabGagnon.ca, encore moins celle de Ceci n’est pas un média!

Et c’est exactement ce que Facebook veut de moi. L’entreprise veut que je me pose ces questions et elle utilise ce sentiment de peur pour me garder captif. La fameuse fear of missing out (FOMO) est très bien exploitée par l’entreprise.

Alors, qu’est-ce qui m’a incité à finalement désactiver mon compte?

Une série d’événements

Je travaille dans une salle de nouvelles. Tous les jours, je fais le tri entre la vraie nouvelle et la désinformation. Tous les jours, je tombe sur des publications scandaleuses qui ne passent pas l’épreuve des faits. Et la plupart du temps, ces publications sont partagées sur Facebook.

Le réseau social est un porte-voix pour les conspirationnistes et les fêlés qui, par exemple, voient la pandémie comme un complot mondial contre « le peuple » avec l’objectif de nous injecter des puces 5G pour nous contrôler. Et Facebook héberge ces contenus et accepte qu’ils soient repartagés. Ça accroche les utilisateurs et permet de vendre de la pub. (NDLR ; Facebook a récemment fermé plusieurs pages liées à la secte moderne QAnon, dont celle du réseau conspirationniste québécois Radio-Québec d’Alexis Cossette-Trudel)

J’ai aussi lu le livre Peur : Trump à la Maison-Blanche, de Bob Woodward. Ce livre n’est pas sur les déboires de Facebook, mais bien sur le mandat catastrophique du président Donald Trump. Le lien? Les plus grands partisans de Trump sont aussi les personnalités les plus lues et entendues sur Facebook.

Mais Facebook dit qu’il y a une raison pour laquelle les personnalités de droite suscitent plus d’engagements. Ce n’est pas que son algorithme favorise les conservateurs — l’entreprise a longtemps soutenu que sa plateforme était neutre. La droite est simplement meilleure pour se connecter avec les gens au niveau viscéral.

Alex Thompson, de Politico

 

The Economist s’est aussi penché sur la question de la prévalence de la droite et de l’extrême droite sur Facebook. Évidemment, je n’ai rien contre le conservatisme ou la droite. J’ai plutôt un problème quand les faits sont détraqués pour attirer l’attention et aller chercher nos plus bas instincts. Et Facebook est un haut lieu de twistage de faits…

Puis, récemment, on a appris que Facebook se comportait comme un véritable monopole. C’est du moins ce qu’une commission parlementaire du Congrès aux États-Unis affirme.

Les pratiques de l’entreprise sont anticoncurrentielles, tuent petit à petit les autres médias et sont néfastes pour les utilisateurs du Web en général. Quand on pense aux nombreux scandales qui ont éclaboussé l’entreprise pour tout ce qui touche la vie privée de ses utilisateurs, il y a en effet des questions à se poser sur son éthique de travail…

Et le dernier clou du cercueil, ç’a été pour moi le documentaire de Netflix Derrière nos écrans de fumée (The Social Dilemma). Ce film interview, entre autres, d’anciens ingénieurs de Google, de Facebook et d’Amazon. Ils et elles nous expliquent à quel point ces géants du web utilisent les failles humaines pour nous exploiter, nous pousser de la publicité et nous inciter à consommer toujours plus, tout en nous rendant terriblement accro à leurs services. En un rien de temps, on est pris au piège et on ne sait plus comment en sortir.

 

Tous ces éléments mis ensemble ont donc forcé une réflexion. Et cette réflexion m’a amené vers la conclusion que Facebook n’a plus ma confiance, que l’entreprise est si loin de mes valeurs et de ce dont je fais la promotion et que je dois prendre mes distances. Le statu quo ne tenait plus.

Comment faire pour quitter Facebook?

Quitter Facebook, ça se planifie. On ne peut pas juste cliquer sur un bouton et dire au revoir au service. En fait, oui, on peut, mais ça serait drastique un peu. L’idéal, c’est de se préparer.

Transférer ses photos

Premièrement, il y a quand même plusieurs photos qui ont été partagées sur Facebook au fil des années. Pour ne rien perdre, l’entreprise met à disposition un outil de transfert de photos vers d’autres services comme Google Photos ou Dropbox. Pour accéder au service, rendez-vous dans les paramètres Facebook, cliquez sur « Mes renseignements Facebook » puis sur « Transfert d’images ». Choisissez le service de destination, et le tour est joué!

Télécharger ses données

Depuis quelque temps, il est aussi possible de télécharger les données que Facebook a sur nous. Ça inclut absolument tout! Les mentions « j’aime », les commentaires, les publications, les partages… Tout!

Si vous voulez garder cette archive sur un disque dur, vous trouverez l’option dans la section « Mes renseignements Facebook » des paramètres. Vous devrez toutefois faire une demande de téléchargement et patienter un peu. Comme les archives peuvent être très volumineuses, ça prend du temps. Vous recevrez un courriel quand elle sera disponible.

Transférer la gestion de vos pages

Si vous êtes le gestionnaire d’une ou de quelques pages d’entreprise, vous allez devoir nommer un nouvel administrateur avant de fermer votre compte. Facebook ne vous laissera pas partir si des pages actives se retrouvent sans gestionnaire.

Si vous comptez les conserver, je vous suggère de créer un nouveau compte avec une adresse courriel poubelle et de donner les rôles d’administrateur à ce nouveau compte pour chacune des pages gérées. Si vous utilisez le Business Manager, c’est encore plus simple : vous ajoutez le compte comme gestionnaire de votre entreprise et vous lui attribuez les rôles voulus pour chacune des pages.

Vous pourrez ensuite, depuis votre nouveau compte, retirer toutes les permissions d’administrateur à votre compte Facebook à désactiver.

Désactiver le compte

Et voilà! Les principales actions à entreprendre avant de partir sont terminées, vous pouvez dès maintenant désactiver votre compte! Pour y arriver, Facebook posera des questions, vous proposera des solutions pour vous garder et vous demandera votre mot de passe.

Vous avez le choix de désactiver votre compte ou de le supprimer. Désactiver permet de conserver les fonctions de messagerie, ce que j’ai fait. Facebook Messenger est trop ancré dans mon cercle social pour pouvoir le quitter. En désactivant le compte, sachez qu’il peut être réactivé à tout moment en vous connectant à nouveau. Facebook n’accumule toutefois plus d’informations sur vous avec ce profil, il n’est plus mis à jour et il sera invisible pour tout le monde sur le réseau, sauf dans Messenger.

Supprimer le compte, c’est irréversible. Vos données ne seront plus disponibles et tout ce que Facebook a sur vous sera détaché de votre profil. Vous ne pourrez évidemment pas garder Messenger. Si vous voulez vous assurer que rien ne vous survive sur Facebook, c’est l’option à choisir.

Faire une croix sur certaines choses

Quitter Facebook, c’est choisir de faire une croix sur un certain nombre de choses. Il est important de se rappeler que c’est le plus gros réseau social du monde, et que c’est un moyen de communication important et essentiel pour plusieurs. C’est aussi un moyen de se souvenir de la fête de quelqu’un, d’ailleurs. Je vais devoir recommencer à mettre les anniversaires dans mon calendrier…

Quitter Facebook, c’est de comprendre qu’on ne verra plus les événements passer. Par contre, si vos amis et votre famille sont un peu attentionnés, ils vous écriront directement pour vous inviter à la fête de Jérémy.

Quitter Facebook, c’est de perdre un moyen de suivre l’actualité. Même si le Fil d’actualité est très problématique pour plusieurs raisons, dont certaines énumérées plus haut, c’est un important moyen pour plusieurs de se tenir informé. Il y a évidemment beaucoup de services, de sites Web et d’applications qui permettent de s’informer, mais rien d’aussi simple que le fil Facebook. En vous informant directement sur le site web d’un média ou en vous abonnant à des journaux, vous aidez quand même la presse locale à rester en vie, ce qui n’est pas un geste banal.

Quitter Facebook, c’est aussi d’avoir une excuse de moins pour procrastiner. Cet article a été l’un des plus faciles à écrire pour moi. Avant, quand j’étais un peu tanné d’écrire, j’ouvrais le média social dans un autre onglet et je passais énormément de temps dessus. Ça me prenait pas mal de temps ensuite pour me raccrocher à mon travail. Maintenant, même si j’ai parfois encore envie de rouvrir un onglet Facebook, je ne peux plus! Je suis donc presque forcé à rester sur mon travail. Les petites choses, ce que ça peut changer!

Avez-vous envie de quitter Facebook? Avez-vous désactivé votre compte? Faites-moi signe, avec votre opinion!

Vous pouvez (sans ironie) me retrouver sur la page Facebook de GabGagnon.ca et m’écouter chaque semaine à la barre du Matinal de Ceci n’est pas un média!

Le Matinal de Ceci n’est pas un média

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